Portait de Anne-Cécile

Rencontre avec la joyeuse Anne-Cécile, viticultrice de 28 ans, responsable du Domaine Schmitt et Carrer, associée avec sa mère depuis 3 ans. C'est un domaine de 14 hectares et une production par an de 80 000 bouteilles en moyenne dont elles s'occupent avec leur équipe !

- Hello Anne-Cécile ! Pouvez-vous vous définir en 3 hashtags ? 
Hello ! Je dirais #motivée #passionnée #ambitieuse

- Quel a été votre parcours ?
Mon parcours il est assez classique en fait ! J'ai fait un bac agricole, un BTS viticulture œnologie et ensuite j'ai fait encore une année de licence vin et commerce en Bourgogne avant d'intégrer l’exploitation familiale à 21 ans ; j'avais une place toute prête qui m'attendait à la sortie de mes études.

- Avez-vous toujours voulu faire ce métier ?

Honnêtement non !
Ça a été assez flou pendant quelques années jusqu'au moment où il a fallu prendre une décision à 16 ans pour mon orientation professionnelle. Puis je me suis dit "comme je n'ai jamais rien connu d'autre que la vigne, pourquoi pas !"
Ma motivation et ma passion ont grandi au fil des années et aujourd'hui c'est un choix que je ne regrette pas du tout. Je pense que je referais exactement pareil si c'était à refaire.
Après, c'est pas facile tous les jours, même si on aime ce que l'on fait !

- Est-ce qu’il y a des femmes viticultrices dans votre famille ?
Il y a ma maman qui a elle-même repris le Domaine familial. On est du coup viticultrices de mère en fille depuis 2 générations (rire) !

- Quelle est la proportion de femmes viticultrices en France ?
C'est sûr que le métier se féminise ; il y a de plus en plus de femmes qui se lancent dans l'aventure et rien que dans ma génération à l'école, on était déjà pas mal de filles à reprendre les Domaines familiaux. C'est une tendance qui se confirme et je pense que ça ne va faire qu'augmenter au fil des années.

- Est-ce que cela change quelque chose d’être une femme ?
J'ai envie de dire oui et non ! Oui parce que je pense qu'on a une autre approche du métier, une approche peut être un peu plus sensible et poétique. Et non parce que, après je parle pour mon cas personnel, j'ai tout appris de mon père et de mon grand-père. Du coup je travaille à la façon des "hommes".

- Est ce que ça se ressent dans le vin que c'est une femme derrière ? 
Depuis que mon père m'a laissé les rênes de la vinification, on a beaucoup de retour client qui nous disent "Ah il y a quelque chose qui a changé dans votre vin !" Je me plais à croire que c'est peut être "ma petite patte à moi" qui se ressent dans le vin.

- A quoi ressemble une de vos journées type ?
Une journée comme en ce moment (3 mars) débute le matin à 7h30 dans les vignes et on taille jusqu'à 18h30. Comme il faut être beaucoup dehors en ce moment, le travail administratif s'accumule un petit peu, du coup le soir, après une journée dans les vignes, on attaque un petit peu de bureau pour essayer d'être à jour dans les papiers.
Après il y a des périodes de l'année qui sont plus chargées que d'autres mais de manière générale on a des journées qui sont bien remplies. On a pas le temps de s'ennuyer !

- Comment faites-vous pour gérer votre vie pro et votre vie familiale ?
C'est un peu compliqué, j'ai envie de dire que ma vie familiale est quasi inexistante pour le moment... Ma chance c'est que mon mari va intégrer le Domaine dans 15 jours. Ca nous permettra de passer un peu plus de temps ensemble au travers du boulot. 
J'essaye d'avoir une "vie sociale" mais c'est vrai que c'est pas toujours facile. J'ai choisi ce métier en connaissance de cause je ne le regrette pas du tout. 

- Quel aspect de votre travail préférez-vous / aimez-vous le moins ?
Il y a plusieurs aspects que j'adore dans mon métier. J'adore le travail dans les vignes, surtout en été ! (rire)
J'adore la vinification, toute la partie travail du vin et j'aime beaucoup aussi ce qui est salon, les représentations commerciales, les échanges avec les clients. 
La partie que je déteste le plus, c'est toute la partie administrative, le fameux "bureau" que je mets toujours de coté et que j'essaye de faire le plus tard possible ! Mais de ce coté-là j'ai beaucoup de chance parce que ma mère s'occupe de tout ça et elle reste au bureau toute la journée, elle m’allège au maximum et ne me laisse que quelques dossiers à gérer (rire).

- Quelle est la chose la plus folle qui vous soit arrivée dans votre métier ?

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La première année ou j'ai commencé à travailler dans le Domaine (en 2010), c'était mes premières vendanges en tant que caviste chez Schmitt et Carrer, bien sûr j'avais déjà fait les vendanges chez nous, mais en tant que coupeuse de raisin. Là, j'avais la charge de gérer la cave avec mon père et au bout de deux jours, mon père a eu des gros soucis de santé. Il a dû malheureusement partir à l’hôpital et je me suis retrouvée toute seule pour gérer les vendanges et la vinification. Je n'avais jamais fait ça auparavant.
C'était assez "rock'n roll" mais je dois dire que je m'en suis assez bien sortie, bon heureusement qu'à l’hôpital ils autorisent les téléphones portables : j'étais scotchée presque 24 heures sur 24 à mon téléphone avec mon père pour savoir quoi faire !
2010 est une année assez mémorable je dois dire ! Mais ça m'a appris beaucoup. En 2011, j'étais parfaitement autonome !

- Quel conseil donneriez-vous à une jeune qui souhaite devenir viticultrice ?
Il lui faudra beaucoup de courage, parce qu'avant tout, ça reste quand même un métier d'"homme" parce que c'est physique. Mais quand on a la passion et quand on croit en ce que l'on fait, c'est un métier formidable !
C'est hyper épanouissant et c'est réellement un métier qui rend très heureux ! Donc je lui dirais de se lancer dans l'aventure à "corps perdu" !