Beaujolais superstar !

Pourquoi le beaujolais fait il parler de lui ? 

Decrié, puis admiré, réduit à sa version "primeur", le Beaujolais ne laisse pas indifférent. 

C'est un peu l'enfant terrible du vignoble, avec une histoire chaotique, bouté des nobles terres de Bourgogne, accusé de goût de banane, remplissant les piscines à l'autre bout de la planète...

Jugé indigne des terres suprêmes de Bourgogne, le gamay est donc boudé par Philippe II duc de Bourgogne, dit le Hardy, à la fin du XIVème siècle. Ce dernier considère le plant trop productif, et mauvais pour l'homme ! 

C'est en effet un cépage - une variété de raisin - qui s'il n'est pas bien élevé, donne des rendements très importants. C'est donc au viticulteur de choisir la taille de la vigne la mieux adaptée, mais aussi d'encourager la plante à aller chercher ses nutriments au plus profond du sol, plutôt que de l'engraisser.

Un bon comportement sur le terrain n'induit pas forcément une bienveillance dans les caves de production. En effet de nombreux acteurs du vin ont succombé aux sirènes de l'industrie œnologique, en employant des levures mises au point en laboratoire. En plus de garantir une fermentation parfaitement aboutie, ces levures sont même parfois "aromatisantes". C'est ainsi qu'est arrivé le curieux goût de banane, accepté quelques temps comme norme gustative du beaujolais nouveau. 

Beaujolais nouveau une tradition depuis 1951

La grande fête du beaujolais nouveau a certainement fait autant de bien que de tort à cette belle région. Les producteurs ont vu dans cette opération une bonne manière d'écouler leurs cuves aux quatre coins du monde, pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Démarrée en 1951 et inscrite au 3ème Jeudi du mois de Novembre dès 1985, cette tradition toute beaujoloise semble aujourd'hui prendre un bon rythme de croisière, avec des vins d'une réelle légitimité organoleptique, pensés comme des vins "fins". En effet les vignerons utilisent aujourd'hui des levures neutres, qui apportent simplement une sécurité de production. Et de plus en plus font confiance aux levures dites "indigènes" , c'est à dire les levures propres au raisin, à l'environnement du chais. Ces petits soldats de la fermentation sont parfois fatigués, capricieux, et demandent nécessairement plus d'attention que les solutions industrielles.

De la diversité dans la carte des vins du Beaujolais

Ces observations ne sont pas propres aux vins primeurs, elles concernent également l'ensemble de la production beaujolaise. Car la région des pierres dorées est fière de fêter ses "crus", véritables vins de terroirs aux multiples personnalités gustatives. Car si le Morgon est réputé pour offrir de typiques notes de cerises à l'eau de vie, avec un palais gouleyant à souhait, il peut être beaucoup plus ferme et concentré.
A l'opposé le Moulin à Vent est stigmatisé comme un vin forcément austère, de garde, voué aux gibiers que plus personne n'ose cuisiner, alors qu'il peut être parfaitement souple et élégant, compagnon de soirées décontractées.
Le Brouilly fait le bonheur des troquets, le Saint Amour ravit les tourtereaux du monde entier, le Fleurie se confond aisément avec le vin de Bourgogne. Et s'il fait encore soif, il faudra méditer sur le profil des Chénas, Juliénas, Chiroubles, Regnié ou encore des Côtes de Brouilly. Grâce à toute une nouvelle génération de vignerons mais aussi de quelques "vieux de la vieille" le beaujolais revient en force à la carte des meilleurs restaurants de quartiers, des bars à vins, mais aussi des tables gastronomiques. 

Il ne faut pas oublier le Beaujolais blanc issu du cépage chardonnay, comme son cousin de Bourgogne. il présente l'avantage d'être fréquemment élevé en cuve, sans apport de bois, donnant un vin fringant, aux fortes vertus dessoiffantes. Le rosé existe, ici et là, 100% gamay. 

En dehors des lignes réglementaires de l'INAO*, arrivent aussi les Viogniers, Roussannes, Syrah... Le réchauffement climatique permet ainsi d'importer des plants habitués à des terres plus ensoleillées.

Ceci pose la question de l'enjeu climatique de demain, qui redessinera, dans un futur indéterminé, la géographie des cépages de la planète.

INAO* : Institut National des Appellations d'Origine